Autant je lui voue une reconnaissance sans bornes, autant parfois je le maudit. Gutenberg je veux dire. Le jour où il inventa l’imprimerie, les frontières du monde connu se sont inimaginable ment
repoussées. Au fond, bien avant lui, d’autres avaient balbutié la communication écrite. Mais lui, l’a fait éclater à l’échelle mondiale, rendant, quelques siècles plus tard, la connaissance
accessible à presque tous d’entre nous. Fini les ténèbres de l’ignorance.
Finie aussi la grâce du mystère et de l’isolement.
Impossible maintenant, avec nos technologies surpuissantes et surchargées de communication, d’échapper à l’horreur du monde. L’enfance humaine est terminée. Nous voici dans l’implacable âge adulte
de l’inépuisable conscience collective. Fuir est devenu le luxe des lâches et non plus la béatitude de l’isolé.
Plongez quelques siècles avant les lumières…À cette époque, personne n’aurait pu dire clairement ce qui se passait au village voisin de quelques kilomètres…encore moins à l’autre bout de la
planète, sur ces continents éloignés qui nous permettaient les rêves les plus exotiques.
Dans l’esprit de l’Homme, peut-être y avait-il encore une place pour l’espoir et la foi en l’humanité. Platon, Socrate, Aristote, Goethe, auraient-ils pu supporter le bulletin de nouvelles de
18hres qui nous ramène constamment à l’esprit la violence et la bêtise ? Leurs textes pleins d’espoir d’une nation forte et belle auraient-ils pu prendre naissance et planter racines dans leurs
âmes s’ils avaient été confrontés, quotidiennement, à cette histoire de la misère humaine qui se répète sans cesse ? Que l’Homme réinvente avec la plus incroyable bonne foi du monde ?
Peut-être que j’exagère.
Je trouve la vie belle. Belle en soi. Belle avec les autres. Je me trouve choyée d’être ici, presque sans combats. D’être aimée. De ne pas avoir faim, ni froid. Je me trouve particulièrement choyée
d’avoir le loisir de critiquer le monde qui me porte.
Ce n’est pas un pessimisme malsain qui pousse ces idées jusqu’à mon clavier. Seulement un raz le bol indéfinissable d’être assaillie de toutes parts par des informations en continu qui me disent
nos piétinements perpétuels et notre incohérence brutale. Saturée.
Envie de rendre le torchon et de plier bagages vers une prairie verte et coupée du monde pour ne plus entendre le tintamarre de nos blessures auto infligées. Mais il n’y a plus d’endroit où fuir…
Y’a pas quelqu’un qui aurait une belle philosophie pour sauver le monde à vendre pas trop cher ? je pense qu’il me reste un peu de place sur ma carte de crédit….
Commentaires