«C’était l’année d’l’amour, c’était l’année d’l’expo…»
Mon enfance a démarré dans un Québec à la culture florissante qui s’ouvrait sur un monde où tous les espoirs étaient permis.
«Peace and love» «All you need is love»
De ma petite banlieue tranquille, j’ai eu l’honneur de côtoyer, en toute innocence, des géants comme Jésus Christ, John Lennon, Walt Disney…ils furent mes maîtres à penser, longtemps, mes maîtres à
rêver…Le Bien triomphant toujours sur le Mal, l’amour toujours sur la haine.
Puis, le 1er âge adulte m’a sortie de l’enfance brutalement. À 20 ans, encore si naïve, j’ai découvert la réalité sous la fiction. Le revers de nos rêves. L’horreur du monde. Comme nombre d’entre
nous, c’est d’abord l’holocauste qui m’a frappée de plein fouet. Ravalant le choc brutal, séchant mes pleurs ahuris, j’ai entrepris de débusquer les solutions pour «changer le monde». L’espoir
était encore tenace.
20 ans plus tard, j’aborde mes 40 ans avec la sensation d’un 2e âge adulte. 20 années passées à tenter de comprendre la nature humaine dans toute sa merveilleuse générosité et son inexplicable
violence, m’ont laissé le sentiment de m’être battue en vain contre des moulins à vent.
L’espoir, dans toute son innocence est mort malgré mon acharnement.
Aujourd’hui, j’ai perdu le désir de changer le monde.
À 40 ans, il ne me reste plus beaucoup de candeur.
Ce qui était le moteur de ma vie «croire que la paix dans le monde est possible» est devenu une rumination douloureuse. C’est là que j’ai eu vraiment l’impression de vieillir. Quand j’ai perdu ma
foi en l’humanité. Cela m’a paru comme un échec insurmontable.
J’ai abdiqué, intérieurement.
Mais, en lâchant enfin prise…C’est là que j’ai découvert le paradis.
Mahomet, dans le Coran, parle d’un jardin merveilleux offert par Dieu aux hommes. Adam et Ève sont expulsé d’un même Eden pour avoir mangé la pomme de la connaissance. Le paradis perdu de
l’innocence.
Ce paradis m’était invisible jusqu’à ce que j’entrevoie mes grandes ambitions comme des lubies aussi inutiles que celles qui poussent les hommes à la violence. Sauver le monde, être un peintre
célèbre, un auteur admiré, une femme de carrière accomplie…n’est-ce pas, au fond, la même chose qu’être un politicien puissant, un homme d’affaire richissime, un gourou adulé, un scientifique de
génie….?
Je nageais en pleine contradiction. Divisée par l’ambition de réussir ma vie tout en agissant dans le même sens que la folie du monde.
J’ai découvert l’Éden en ayant un amoureux et un jardin dans ma cour. Je l’ai découvert dans la simplicité de mon être profondément en contact avec un homme et avec une toute petite parcelle de
nature. Je le redécouvre chaque fois que je reçois des amis à souper, chaque fois que je nage dans un lac, que je flatte mon chat, que j’observe des enfants, que je plante des tomates, que j’écris,
que je peint, que je chante, que je fais l’amour…
Ce ne sont pas mes actes que je dois changer. C’est ma perspective sur ces actes. Ramener ma conscience au seul plaisir d’être véritablement en contact avec la vie, avec ce paradis que je possède
déjà.
Continuer de poser les petits gestes qui me semblent justes, continuer de croire en mes idéaux pacifistes et humanistes. Mais cesser à tout prix de vouloir performer, réussir, accomplir, résoudre,
sauver.
Je ne souhaite plus d’autre ambition que vivre pour vivre, pour goûter, sentir, ressentir, partager, aimer. C’est mon jardin en Amérique. C’est la chance extraordinaire de vivre au paradis et c’est
ultimement ce que je souhaiterais à tous…et je ne veux plus me sentir coupable de profiter du bonheur…
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