Mon univers

Bienvenue dans mon univers

Créer parce que c'est essentiel...nous avons tous notre espace de création...le miens est en image et en mots d'aussi loin que je me souvienne...
Créer parce que c'est un plaisir, un grand bonheur...
Créer pour se brancher sur le souffle de Gaia...
Créer pour communiquer, pour tisser des liens, au-delà des espaces convenus, dans l'intimité de l'imaginaire de l'autre...
Faites comme chez vous...soyez les bienvenus...enlevez vos chaussures, callez-vous confortablement...

Annie

Me voici

Samedi 10 novembre 2007
J’ai fait un rêve passionnant (pour moi) dont je reparlerai plus avant une autre fois. Mais un tout petit morceau de ce rêve est pertinent aux «confidences» que j’ai envie de vous faire.

Essentiellement, j’étais dans un atelier (pas le miens) où une très grande toile ornait un long mur blanc. En observant le tableau, je me rendis compte que c’était une de mes toiles, mais traitée différemment. L’été. Cette toile où deux baigneurs sont immergés dans le bleu et dont la tête émerge dans un jaune vif. Les couleurs de sa jumelle étaient les mêmes, les contrastes et les jeux de lumières semblables. Ce qui différait c’était qu’ils étaient trois personnages, deux surnageant comme dans la mienne et un qui nageait sous l’eau plus bas. Mais la plus grande différence était que ces personnages étaient «réalistes». Trois hommes aux cheveux noirs et aux corps très minces et musclés comme des danseurs. Si j’avais à vous dire à qui ils ressemblaient, je pourrais choisir une figure connue qui vous serait familière ; ils ressemblaient à Guy Corneau. (je ne sais pas s’il est musclé comme un danseur J)

Et  c’est là que commence mon histoire. La peinture était vraiment très belle. Frappante. Je me suis dit, dans le rêve, beaucoup plus forte que la mienne.

Plus récemment encore, cette fois dans le monde réel et dans mon atelier, devant une toile toute neuve, on m’a demandé : j’ai hâte de voir son visage…Ce à quoi j’ai répondu que je doutais fort qu’il y aurait une telle chose sur ce personnage. On m’a suggéré alors qu’il était peut-être temps que je fasse «évoluer» mon travail et que je choisisse un visage pour mes personnages.

Cette personne, par ses commentaires, rejoignait un questionnement que je me fais depuis longtemps. Pourquoi ne pas mettre de visages ? Particulièrement cette année, cette question s’est faite plus pressante. J’ai envie que mon travail évolue vers quelque chose de plus fort, de plus…je ne sais pas trop exactement, mais de PLUS, simplement…

(en passant, je reviendrai sur la force en art avec la suite du rêve)

Cependant, plus j’y réfléchis, plus je suis convaincue que les visages ne seraient pas une amélioration mais bien une perte. Ce n’est pas la piste que je veux suivre.

Pourquoi ? Parce que. Parce que ça ne m’a jamais été intéressée, les visages. Ce faisant d’ailleurs, je n’ai pas développé cette habileté au portrait. Je suis certaine qu’avec des cours et beaucoup de pratique, j’arriverais à dessiner des visages aussi aisément que je dessine des corps…Mais jamais, j’en suis à peu près certaine, avec autant de plaisir.

Ce qui m’intéresse ce n’est pas l’image mais l’essence de la personne. Il me semble que si on pouvait dire : tiens, ce personnage me fait penser à ma tante Germaine, à mon cousin Paul, à mon ex-petite amie, à Marilyn Monroe, à Bono, à Guy Corneau …ou si on se demandait : c’est qui, tu penses, qui a posé nu pour ce tableau ? penses-tu que c’est ressemblant ? penses-tu qu’il était gêné ?…
Je ne cherche pas à représenter une individualité restreinte, mais une individualité globale. Je veux qu’on se reconnaisse sans se comparer.

Il me semble que lorsque toutes ces idées traversent l’esprit de la personne qui regarde, alors j’ai perdu mon pari. Je pari que je peux faire ressentir la joie, la colère, la tristesse…pas celle de quelqu’un d’autre, celle de celui ou celle qui regarde. Je veux plonger dans l’essence, dans l’essentiel de ce que nous sommes. Dedans. Dans cet univers fabuleux de nos émotions qui n’a pas de limites.

C’est une quête personnelle sûrement. À travers mes toiles, je veux me connaître moi au-delà des étiquettes et des convenances. Je trouve le monde dans lequel nous vivons extrêmement et inutilement restrictif. J’ai besoin de retrouver cet espace imaginaire en moi qui est si vaste, si libre, si plein.

Je me suis demandée alors comment j’arrivais à écrire des romans. Parce que dans le roman, la description de la personne est plus précise. La couleur des cheveux, les yeux, la taille , la peau, les habitudes, les idées, la voix…Voilà qui va à l’encontre de ma quête…

Mais non…non, pas du tout. Chaque lecteur imagine le visage qui correspond à SON imaginaire. Combien de fois cela vous est-il arrivé de «rencontrer» un personnage de roman mis à l’écran ? Votre première réaction, c’est sûrement : je ne l’imaginais pas comme ça.

Là réside toute la magie d’un personnage sans visage, d’un personnage de roman que l’on ne peut voir. C’est notre imaginaire qui fait le travail pour l’auteur. L’artiste ne place que des balises, des contours, des guides…le lecteur fait le reste. Et ce reste qu’il fait, c’est SA création. SON univers personnel, intérieur, son imaginaire qu’il déploie.

C’est ÇA que je cherche.
Voilà, pour moi, le sens de «l’art est un mensonge qui nous rapproche de la vérité».
Ce n’est pas vrai, ce qu’il y a sur la toile. Mais si elle est réussie, votre émotion, elle, sera vraie…et surtout libre…

Je pense que ce contour noir autour de mes personnages est, comme je l’ai appelé, la trame narrative. Ce sont les balises que je place. Si je ne les mettais pas, j’aurais l’impression qu’avec le corps aussi, les mêmes questions d’individualité reviendraient : «il est pas tout à fait réaliste ce corps…l’ombre n’est pas au bon endroit…pourquoi il est bleu.»

Avec la ligne noire, je délimite le réel hors de la toile. Ce n’est pas le corps de QUELQU’UN, c’est un personnage. S’il est bleu, c’est peut-être le froid, ou la solitude, ou la tristesse, ou la légèreté. Le reste du corps et des couleurs vous le dira.

Ce n’est pas moi qui décide. Moi je suggère, vous décidez.

Finalement, je pense que je cherche avec beaucoup d’espoir et de ferveur le SOI au-delà de l’image. Je me cherche MOI, au-delà des images que d’autres ont inventées pour me définir.

J’ai commencé une série que j’ai appelée «les masques». Il y a un visage, mais c’est plutôt une caricature. Les masques #1, c’est un visage qui dit l’inverse du corps. C’est le masque obligatoire. La barrière entre ce que nous voulons que les autres voient et ce que nous ressentons vraiment. Je compte continuer cette série. Le jeu désolant de nos mensonges est agréable à dépeindre. C’est à soi-même, au fond que l’on ment réellement.

En passant, ce n’est peut-être pas un hasard si les personnages de la toile, dans mon rêve, ressemblaient à Guy Corneau…Je vous encourage à lire son dernier livre Le meilleur de soi…faut s’accrocher à certains moments qui paraissent plus «ésotériques»…mais ça vaut vraiment la peine si on cherche la personne que l’on est au-delà de notre personnage…


Par Annie Paradis - Publié dans : Les écrivaillures
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