Mon univers

Bienvenue dans mon univers
Artiste émergente de la scène Franco-canadienne, Annie Paradis a étudié littérature, philosophie et anthropologie avant de se consacrer à la peinture. Son travail est présenté dans différents circuits : Musée, galerie d'art, théâtre, bars et cafés, peinture dans la rue, illustration, couverture de livre. Elle a également participé à un hommage télévisé à Charles Aznavour.
En tant qu'artiste, elle est passionnée par l'exploration et la traduction de l'esprit et de la nature humaine dans leur complexité. Inspirée par les expressionnistes, elle choisit le corps humain comme véhicule privilégié de l'expression du Soi. La majorité des êtres qu'elle présente sont sans visages afin d'éviter que l'identité supplante le message du corps. Ceux-ci sont plongés dans un environnement indéfini qui devient un espace autonome. Les couleurs sont subjectives, préférablement vives et contrastées. Les formes sont volontairement distortionnées afin de traduire les émotions de façon plus vibrante. Le contour noir sert de trame narrative.
Annie travaille à l'acrylique sur toile et parfois directement sur le canvas brut dans une technique d'aquarelle.

Me voici

Dimanche 11 février 2007
Avec la fin du siècle des lumières est apparue la psychanalyse qui a mis au jour toute une part obscure de l’esprit humain. La médecine a également rendus biologiquement explicables nombre de nos travers psychologiques. Nous avons quitté l’enfer de la possession ou de la folie. Enfin, la part d’ombre en nous pouvait se déployer et dévoiler ses mystères. Fini les démons et les sorcières, un nouvel espace rationnel nous ouvrait les portes de l’esprit. C’est une époque merveilleuse. Dorénavant nous pouvons nommer schizophrénie, dépression, angoisse, phobie, épilepsie, hypothyroïdie, cyclothymie, maniaco-dépression, trisomie, spm….des affections qui auparavant nous menaient à l’exclusion, voire au bûcher et à la condamnation divine. Aujourd’hui, il y a des groupes de soutien, des psychologues, des neurologues, des médicaments, des assurances-invalidité…on analyse même les humeurs des joueurs de hockey dans les journaux, Oprah gagne beaucoup d’argent en rendant publiques les douleurs de tout un chacun, MSN publie tous les jours des articles de développement personnel, bref, notre enfer intérieur n’est plus un tabou…. Vraiment ? Il me semble que malgré cette apparente ouverture nous ne savons toujours pas apprivoiser cette fameuse part d’ombre qui est en nous. La part animale, les archétypes profondément ancrés, les instincts de mort, la sexualité, le pouvoir, la possession… Nous avons sûrement tous fait l’expérience de pensées ou de désirs «tordus» contre lesquels nous luttons âprement. Peut-être est-ce un soir de grand alcool où nous avons insulté un ami cher… Peut-être une fois où une belle occasion s’est présentée d’acheter un bien dont on présume l’origine douteuse. Peut-être un service que l’on refuse à quelqu’un dans le besoin pour donner une leçon. Peut-être le désir de se vêtir de cuir et dominer sexuellement quelqu’un. Peut-être le plaisir inavoué d’être vu pendant des ébats amoureux. Peut-être certaines drogues que l’on prendra à l’excès et même la voiture que l’on conduira ensuite. Peut-être la lâcheté de ne pas avouer une faute grave. Peut-être le fantasme de battre à mort ou de torturer quelqu’un qui nous a fait du mal… Bref, nous avons tous quelques squelettes réels ou imaginaires qui viennent ternir l’image que nous nous faisons de nous-même. Cet espace en nous existe mais dans le merveilleux monde du rationnel, nous le nommons névrose et déviance…et nous tentons de le chasser, de le guérir. Quand un sein «outrageusement»dévoilé de mme Jackson vire le monde à l’envers, il y a lieu de se questionner sur ce que nous considérons réellement comme de la déviance. Malgré toute nos avancées dans l’esprit humain, il m’apparaît que nous luttons encore contre le bien et le mal en plaçant le mal comme l’ennemi à vaincre. Ce faisant, nous revalorisons des systèmes moraux rigides qui nous empêchent d’être totalement en accord avec nous-même. Je ne prône pas l’anarchie et la libre expression des pulsions sans contraintes. Au contraire. La vie en société exige de chacun un certain sacrifice de l’individualité au profit du bien-être de l’ensemble. C’est clair. Mais ce qui me semble également clair c’est que nous allons trop loin dans l’autre sens. Nous devons à tout prix être propres, équilibrés, productifs : un esprit sain dans un corps sain. Nous n’acceptons pas la part d’ombre comme une partie «saine» de notre personnalité. Comme le jour appelle la nuit, comme le positif et le négatif créent une tension motrice. Certaines pubs à la télé me choquent particulièrement. Celles des médicaments contre le rhume et la grippe. «Si vous pensez qu’une grippe va m’empêcher de fonctionner !» On se bourre de médicaments pour continuer à être productifs. Je trouve que cela synthétise très bien l’état d’esprit dans lequel nous évoluons. Nous prenons des anti-dépresseurs parce qu’il est nécessaire de continuer à travailler. Nous allons chez le psy pour être plus efficaces dans nos relations de couples ou dans notre emploi. Nous sommes à l’ère de la négation. Puisqu’il existe un remède ou une explication rationnelle pour tout, nous n’avons plus d’excuse pour être faillibles. Rien, non rien, ne peut ni ne doit freiner nos performances. Ainsi, nous avons fait de la part d’ombre en nous, une maladie qui se soigne. Et nous nions que le bien et le mal soient la trame d’une même étoffe, celle qui nous rends férocement laids parfois, mais aussi extraordinairement créatifs. Nous transformons de merveilleux outils de connaissance de soi en méthodologie de performance. Pendant un certain temps, je me suis adonnée à la méditation bouddhiste. Le principe pour atteindre un certain calme intérieur est simple. Il ne s’agit pas de se forcer à ne «plus penser». Tout est dans l’art de laisser couler les pensées et de prendre une certaine distance par rapport à elles. L’exercice consistant alors à se dire «ceci est une pensée» et tenter de ne pas entrer en elle, de ne pas s’y perdre. Juste l’observer. Je crois qu’il y a en cela une grande sagesse. Il n’est peut-être pas nécessaire d’éradiquer la part d’ombre en nous. Mais peut-être seulement d’arriver à l’identifier pour ne plus y être aveuglément soumis. À force de vouloir être sains, je pense que nous nous dénaturons et que cela fait bien l’affaire des vendeurs de miracles qui misent avec confiance sur notre culpabilité à être imparfaits.
par Annie Paradis publié dans : annieparadis
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