Annie Paradis Artiste peintre,ecrivailleuse et autres defauts... http://www.annieparadis.com/ 2006-06-28T02:14:27Z over-blog.com Atom 1.0 Generator http://accel6.fdata.over-blog.com/99/00/00/01/img/avatar.png Annie puise son inspiration dans la condition humaine. Expressionniste qui explore l’esprit. Sujet de prédilection en peinture : le corps dans sa capacité à traduire physiquement la complexité de la nature humaine. http://www.annieparadis.com/article-15332803.html Dieu merci ! 2008-01-05T20:10:05Z 2008-01-05T20:07:00Z Annie Paradis http://www.over-blog.com/profil/blogueur-85167.html Me voici avec le bon dieu en 2008. Drôle de façon d’aborder une nouvelle année me dirais-je si les deux dernières semaines n’avaient été si riches en aboutissement de réflexions existentielles. Il serait long de faire le tour de ces fameux aboutissements, ici même, maintenant….mais j’ai confiance, qu’au fil des prochains articles, ces derniers feront surface tranquillement et se dévoileront d’eux-mêmes sans que j’aie à les traquer… Je vous livrerais, tout de même, ma plus grande découverte : être en couple et être heureux…aimer et être aimé sincèrement en retour…bâtir la vie en étant deux…«ça change pas le monde sauf que….», moi, ça transforme ma vie… Bref, pour en revenir à dieu. (Notez ici la minuscule volontaire) J’ai déjà dit et je maintiens que je suis athée. Je crois que l’on naît et meurt comme le font les plantes et les étoiles. Je me considère comme la particule d’un grand Tout biologique auquel j’appartiens et dans lequel je me fondrai à ma mort. Pas de paradis, pas d’enfer, pas de kharma…la cellule vers la cellule, une simple transformation de la matière. Cependant, fidèle à mes pérégrinations psycho-philosophiques, je me suis mise, un soir de lendemain de veille trop alcoolisé, à partir à la recherche de la joie pure en moi. Celle qui n’est pas provoquée par un désir forcené d’avoir du plaisir à tout prix pour compenser le spleen inévitable de nos vies à cent à l’heure. La joie. Où se cache-t-elle donc, en moi, cette joie ? Et c’est là qu’une vieille prière m’est revenue. Une sorte de bénédicité. «Merci mon dieu pour…mon amoureux, mes amis, ma famille, les personnes magnifiques qui ont jalonné ma vie, mon chat, mon appart, mon jardin, ma santé, la bonne bouffe, l’art, le pays pacifique dans lequel je vis….etc…» Et j’ai pensé que cette «tradition» religieuse, que nous avons perdue, avait plein de bon sens au fond. Prendre le temps, chaque soir, de remercier dieu pour ses bontés, c’était prendre le temps de se rendre compte et de goûter les beautés et la joie de nos vies. Une sorte de recensement positif. Évidemment, dans notre «quotidien religieux» se mêlait la culpabilité de vouloir améliorer son sort, de vouloir plus ou vouloir mieux après avoir fait un inventaire de la si grande générosité de dieu envers nous. Une manière bien habile de nous maintenir tranquilles dans un joli manque d’ambition. Quelle ingratitude et quel orgueil, après avoir remercié pour les belles choses que l’on possède, d’en demander plus ! Mais tout de même. Nous avons peut-être versé dans l’extrême inverse. À tant vouloir réussir nos vies, à tant chercher à performer et à tant désirer obtenir le meilleur, toujours…n’avons-nous pas oublié un réflexe si simple de jouïr de ce que nous avons déjà ? Moi, j’avais oublié. Je me rends compte du bonheur. Je me rends compte de la chance. Mais il m’a semblé, l’autre soir, qu’en faisant une prière, en prenant le temps de dire merci pour tout ce que j’ai, je faisais une pause qui me permettait de faire vraiment entrer dans ma conscience tous ces éléments de bonheur que je côtoie comme s’ils étaient acquis. Et dans le même fil de pensée, je me suis aperçue que de me propulser toujours par le moteur de l’insatisfaction était beaucoup plus facile et moins dangereux que son opposé. Voici, si je m’arrête et que je laisse véritablement l’amour qui m’entoure et le bonheur que j’en tire entrer dans ma conscience ; il s’y colle un sentiment d’insécurité assez vertigineux : la peur de perdre cet amour et ce bonheur. Si j’aime mon mari et que je m’extasie de cet amour…il me vient spontanément la peur de perdre cet amour. J’en déduis donc, qu’il est plus facile d’être insatisfait et de ne pas trop s’attarder sur le bonheur parce que c’est moins douloureux. Tant que je me bats pour améliorer mon sort, tant que je lutte pour me sortir de la «médiocrité» de ma vie, je suis en situation de survie et je garde étrangement un contrôle sur ma souffrance. C’est la souffrance de l’injustice, de la malchance. Mais ce n’est pas la souffrance de la perte. (dans le genre perte on peut se rappeler l’image d’Adam et Ève chassés du Paradis par la pomme de la connaissance). Je ne crains pas ma propre perte. Mais de perdre des êtres chers, que ce bonheur me soit enlevé me tétanise. En ce qui me concerne, pour 2008, je fais le projet de continuer ma «prière» du soir. Et parallèlement, d’apprendre à croire que je serai assez forte pour vivre les deuils que j’aurai à vivre inévitablement. En attendant que ces épreuves se présentent, je tenterai de goûter chaque seconde des merveilles qui parsèment ma vie. Miam… http://www.annieparadis.com/article-13704517.html Sans visages 2007-11-10T23:30:06Z 2007-11-10T23:23:00Z Annie Paradis http://www.over-blog.com/profil/blogueur-85167.html J’ai fait un rêve passionnant (pour moi) dont je reparlerai plus avant une autre fois. Mais un tout petit morceau de ce rêve est pertinent aux «confidences» que j’ai envie de vous faire. Essentiellement, j’étais dans un atelier (pas le miens) où une très grande toile ornait un long mur blanc. En observant le tableau, je me rendis compte que c’était une de mes toiles, mais traitée différemment. L’été. Cette toile où deux baigneurs sont immergés dans le bleu et dont la tête émerge dans un jaune vif. Les couleurs de sa jumelle étaient les mêmes, les contrastes et les jeux de lumières semblables. Ce qui différait c’était qu’ils étaient trois personnages, deux surnageant comme dans la mienne et un qui nageait sous l’eau plus bas. Mais la plus grande différence était que ces personnages étaient «réalistes». Trois hommes aux cheveux noirs et aux corps très minces et musclés comme des danseurs. Si j’avais à vous dire à qui ils ressemblaient, je pourrais choisir une figure connue qui vous serait familière ; ils ressemblaient à Guy Corneau. (je ne sais pas s’il est musclé comme un danseur J) Et  c’est là que commence mon histoire. La peinture était vraiment très belle. Frappante. Je me suis dit, dans le rêve, beaucoup plus forte que la mienne. Plus récemment encore, cette fois dans le monde réel et dans mon atelier, devant une toile toute neuve, on m’a demandé : j’ai hâte de voir son visage…Ce à quoi j’ai répondu que je doutais fort qu’il y aurait une telle chose sur ce personnage. On m’a suggéré alors qu’il était peut-être temps que je fasse «évoluer» mon travail et que je choisisse un visage pour mes personnages. Cette personne, par ses commentaires, rejoignait un questionnement que je me fais depuis longtemps. Pourquoi ne pas mettre de visages ? Particulièrement cette année, cette question s’est faite plus pressante. J’ai envie que mon travail évolue vers quelque chose de plus fort, de plus…je ne sais pas trop exactement, mais de PLUS, simplement… (en passant, je reviendrai sur la force en art avec la suite du rêve) Cependant, plus j’y réfléchis, plus je suis convaincue que les visages ne seraient pas une amélioration mais bien une perte. Ce n’est pas la piste que je veux suivre. Pourquoi ? Parce que. Parce que ça ne m’a jamais été intéressée, les visages. Ce faisant d’ailleurs, je n’ai pas développé cette habileté au portrait. Je suis certaine qu’avec des cours et beaucoup de pratique, j’arriverais à dessiner des visages aussi aisément que je dessine des corps…Mais jamais, j’en suis à peu près certaine, avec autant de plaisir. Ce qui m’intéresse ce n’est pas l’image mais l’essence de la personne. Il me semble que si on pouvait dire : tiens, ce personnage me fait penser à ma tante Germaine, à mon cousin Paul, à mon ex-petite amie, à Marilyn Monroe, à Bono, à Guy Corneau …ou si on se demandait : c’est qui, tu penses, qui a posé nu pour ce tableau ? penses-tu que c’est ressemblant ? penses-tu qu’il était gêné ?… Je ne cherche pas à représenter une individualité restreinte, mais une individualité globale. Je veux qu’on se reconnaisse sans se comparer. Il me semble que lorsque toutes ces idées traversent l’esprit de la personne qui regarde, alors j’ai perdu mon pari. Je pari que je peux faire ressentir la joie, la colère, la tristesse…pas celle de quelqu’un d’autre, celle de celui ou celle qui regarde. Je veux plonger dans l’essence, dans l’essentiel de ce que nous sommes. Dedans. Dans cet univers fabuleux de nos émotions qui n’a pas de limites. C’est une quête personnelle sûrement. À travers mes toiles, je veux me connaître moi au-delà des étiquettes et des convenances. Je trouve le monde dans lequel nous vivons extrêmement et inutilement restrictif. J’ai besoin de retrouver cet espace imaginaire en moi qui est si vaste, si libre, si plein. Je me suis demandée alors comment j’arrivais à écrire des romans. Parce que dans le roman, la description de la personne est plus précise. La couleur des cheveux, les yeux, la taille , la peau, les habitudes, les idées, la voix…Voilà qui va à l’encontre de ma quête… Mais non…non, pas du tout. Chaque lecteur imagine le visage qui correspond à SON imaginaire. Combien de fois cela vous est-il arrivé de «rencontrer» un personnage de roman mis à l’écran ? Votre première réaction, c’est sûrement : je ne l’imaginais pas comme ça. Là réside toute la magie d’un personnage sans visage, d’un personnage de roman que l’on ne peut voir. C’est notre imaginaire qui fait le travail pour l’auteur. L’artiste ne place que des balises, des contours, des guides…le lecteur fait le reste. Et ce reste qu’il fait, c’est SA création. SON univers personnel, intérieur, son imaginaire qu’il déploie. C’est ÇA que je cherche. Voilà, pour moi, le sens de «l’art est un mensonge qui nous rapproche de la vérité». Ce n’est pas vrai, ce qu’il y a sur la toile. Mais si elle est réussie, votre émotion, elle, sera vraie…et surtout libre… Je pense que ce contour noir autour de mes personnages est, comme je l’ai appelé, la trame narrative. Ce sont les balises que je place. Si je ne les mettais pas, j’aurais l’impression qu’avec le corps aussi, les mêmes questions d’individualité reviendraient : «il est pas tout à fait réaliste ce corps…l’ombre n’est pas au bon endroit…pourquoi il est bleu.» Avec la ligne noire, je délimite le réel hors de la toile. Ce n’est pas le corps de QUELQU’UN, c’est un personnage. S’il est bleu, c’est peut-être le froid, ou la solitude, ou la tristesse, ou la légèreté. Le reste du corps et des couleurs vous le dira. Ce n’est pas moi qui décide. Moi je suggère, vous décidez. Finalement, je pense que je cherche avec beaucoup d’espoir et de ferveur le SOI au-delà de l’image. Je me cherche MOI, au-delà des images que d’autres ont inventées pour me définir. J’ai commencé une série que j’ai appelée «les masques». Il y a un visage, mais c’est plutôt une caricature. Les masques #1, c’est un visage qui dit l’inverse du corps. C’est le masque obligatoire. La barrière entre ce que nous voulons que les autres voient et ce que nous ressentons vraiment. Je compte continuer cette série. Le jeu désolant de nos mensonges est agréable à dépeindre. C’est à soi-même, au fond que l’on ment réellement. En passant, ce n’est peut-être pas un hasard si les personnages de la toile, dans mon rêve, ressemblaient à Guy Corneau…Je vous encourage à lire son dernier livre Le meilleur de soi…faut s’accrocher à certains moments qui paraissent plus «ésotériques»…mais ça vaut vraiment la peine si on cherche la personne que l’on est au-delà de notre personnage… http://www.annieparadis.com/article-13512892.html Multicoloralisme 2007-11-02T19:20:12Z 2007-11-02T19:16:00Z Annie Paradis http://www.over-blog.com/profil/blogueur-85167.html Par une belle journée d’automne, je prends un taxi pour me rendre à la clinique. J’étais bien malade (j’allais me faire diagnostiquer une bronchite aigüe) et pas trop d’humeur à la causette. Comme la voiture s’engageait sur la rue Rachel, mon chauffeur haïtien, aussi souriant que le soleil, me fait remarquer, dans son accent musical, les couleurs des feuilles qui réchauffaient le Mont-Royal…   «vous avez vu ? c’est beau non ? ces arbres, c’est comme un symbole…comme Montréal…merveilleux et multicolore…»   Je paraphrase, mais l’essentiel est là…   Montréal multicolore comme l’automne…Entre deux quintes de toux, j’ai trouvé l’image charmante.   En cette période où les débats s’animent sur les accommodements raisonnables, un tel commentaire était rafraîchissant. Je trouve bien dommage que la polémique sur les accommodements aie soulevé dans son sillage de grandes questions sur l’immigration. Tout à coup, tout un chacun se met à repenser les politiques d’immigration…les enjeux et les questions s’entremêlent lamentablement….pourquoi ?   De quoi parle-t-on au juste ?   Je crois que les québécois de toutes souches sont heureux du multiculturalisme, fiers de la diversité culinaire, musicale, religieuse, idéologique, physique… Pourtant, à en croire certains médias, il semble que nous devenions soudainement intolérants et presque racistes … Peut-être que par souci de manchettes sensationnelles on dévie les vraies questions.   Personnellement, j’ai un problème avec tous les intégrismes politiques, religieux, moraux, juifs, chrétiens, intellectuels, machos, féministes, financiers…whatever !   C’est bien dommage de mettre tous les œufs dans le même panier avec les pommes et les choux-fleurs…et de donner ainsi tant de pouvoir à une toute petite minorité d’extravagants…   C’est un peu comme si dans un couple, l’un des partenaires exigeait soudainement de pouvoir s’envoyer en l’air avec tout le monde. Il y a un changement dans le contrat social de l’union…c’est peut-être assez pour provoquer une rupture ou mener à une bonne thérapie…mais est-ce pertinent de remettre en question le mariage et ses fondements, d’interdire à l’ensemble de la société de former des couples ou de limiter le nombre de naissances ? ou pis encore…d’obliger tous les couples à une union libre et débridée ? http://www.annieparadis.com/article-13074724.html La multiplicité de la chair 2007-10-14T20:55:21Z 2007-10-14T20:51:00Z Annie Paradis http://www.over-blog.com/profil/blogueur-85167.html La multiplicité de la chair... Avez-vous déjà mangé du kangourou ? Semblerait que c'est la nouvelle mode... Plus ça va, plus nos tables se parent de chairs exotiques de toutes sortes. L'infinie conquête de la nouveauté... Mais l'exotisme se fane à une allure vertigineuse et produit tout aussi rapidement de nouveaux besoins à mettre en marché. Bison, autruche, sanglier, kangourou, émeu...peu importe...c'est «In». Je ne peux m'empêcher de me questionner face à cette multiplication implacable de la chair   pour nos assiettes... De nombreux organismes se lèvent pour défendre les droits des animaux, voir, entre autres ; Réseau  d'action globale www.gan.ca (Global action network ) Des avocats tentent de leur créer une place légale et légitime. Des mouvements écologistes cherchent des solutions à la contamination des sols et de l'eau, à l'appauvrissement des ressources dûs à la surexploitation du bétail. Pendant que d'autant se débattent pour rendre aux animaux d'abbatoirs des vies minimalement décentes (pensez au porcs enchaînés à des grilles, au poulets entassés dans des cageaux, aux vaches laitières qui ne sortent plus de leurs enclos) que d'autres encore montent barricades pour protéger des espèces en voix d'extinction (baleines, phoques, saumon, etc.) une multitude d'éleveurs et de gens branchés ciblent de nouvelles victimes de notre surconsommation. Je suis parfaitement d'accord avec le principe de la découverte et je suis personnellement très sensible aux goûts exotiques de toutes sortes. Je n'ai rien de rien contre la diversité. Sans prôner le végétarisme, il me semble que l'on devrait prendre notre souffle et se demander s'il est vraiment nécessaire d'assujetir continuellement de nouvelles espèces à la consommation de masse. La nécessité de se nourrir en protéines devrait être le premier moteur de cette exploitation de l'animal par l'Homme. Nous dépassons largement le cadre de la survie, pour se prévaloir d'un plaisir carnacier qui ne se justifie plus. Tuer pour manger, tuer pour survivre passe encore....mais tuer pour le plaisir ?  Jusqu'où irons-nous ? Une si grande variété est-elle vraiment nécessaire ? Personnellement, je privilégierai dorénavant la saucisse au basilic et tomates séchées plutôt que celle de kangourou... Bon appétit ! http://www.annieparadis.com/article-11833028.html Mon jardin en Amérique, suite 2007-08-17T03:07:30Z 2007-08-16T21:39:00Z Annie Paradis http://www.over-blog.com/profil/blogueur-85167.html Voici, pour faire suite à l'article "mon jardin en Amérique", les mots de Jacques Brel, chantés aussi par Barbara. Il nous faut regarder Derrière la saleté. S'étalant devant nous Derrière les yeux plissés Et les visages mous Au-delà de ces mains Ouvertes ou fermées Qui se tendent en vain Ou qui sont poings levés Plus loin que les frontières Qui sont de barbelés Plus loin que la misère Il nous faut regarder Il nous faut regarder Ce qu'il y a de beau Le ciel gris ou bleuté Les filles au bord de l'eau L'ami qu'on sait fidèle Le soleil de demain Le vol d'une hirondelle Le bateau qui revient L'ami qu'on sait fidèle Le soleil de demain Le vol d'une hirondelle Le bateau qui revient Par-delà le concert Des sanglots et des pleurs Et des cris de colère Des hommes qui ont peur Par-delà le vacarme Des rues et des chantiers Des sirènes d'alarme Des jurons de charretier Plus fort que les enfants Qui racontent les guerres Et plus fort que les grands Qui nous les ont fait faire Il nous faut écouter L'oiseau au fond des bois Le murmure de l'été Le sang qui monte en soi Les berceuses des mères Les prières des enfants Et le bruit de la terre Qui s'endort doucement. Les berceuses des mères Les prières des enfants Et le bruit de la terre Qui s'endort doucement. http://www.annieparadis.com/article-11295922.html Mon jardin en Amérique 2007-07-12T00:54:01Z 2007-07-12T00:47:00Z Annie Paradis http://www.over-blog.com/profil/blogueur-85167.html «C’était l’année d’l’amour, c’était l’année d’l’expo…» Mon enfance a démarré dans un Québec à la culture florissante qui s’ouvrait sur un monde où tous les espoirs étaient permis. «Peace and love» «All you need is love» De ma petite banlieue tranquille, j’ai eu l’honneur de côtoyer, en toute innocence, des géants comme Jésus Christ, John Lennon, Walt Disney…ils furent mes maîtres à penser, longtemps, mes maîtres à rêver…Le Bien triomphant toujours sur le Mal, l’amour toujours sur la haine. Puis, le 1er âge adulte m’a sortie de l’enfance brutalement. À 20 ans, encore si naïve, j’ai découvert la réalité sous la fiction. Le revers de nos rêves. L’horreur du monde. Comme nombre d’entre nous, c’est d’abord l’holocauste qui m’a frappée de plein fouet. Ravalant le choc brutal, séchant mes pleurs ahuris, j’ai entrepris de débusquer les solutions pour «changer le monde». L’espoir était encore tenace. 20 ans plus tard, j’aborde mes 40 ans avec la sensation d’un 2e âge adulte. 20 années passées à tenter de comprendre la nature humaine dans toute sa merveilleuse générosité et son inexplicable violence, m’ont laissé le sentiment de m’être battue en vain contre des moulins à vent. L’espoir, dans toute son innocence est mort malgré mon acharnement. Aujourd’hui, j’ai perdu le désir de changer le monde. À 40 ans, il ne me reste plus beaucoup de candeur. Ce qui était le moteur de ma vie «croire que la paix dans le monde est possible» est devenu une rumination douloureuse. C’est là que j’ai eu vraiment l’impression de vieillir. Quand j’ai perdu ma foi en l’humanité. Cela m’a paru comme un échec insurmontable. J’ai abdiqué, intérieurement. Mais, en lâchant enfin prise…C’est là que j’ai découvert le paradis. Mahomet, dans le Coran, parle d’un jardin merveilleux offert par Dieu aux hommes. Adam et Ève sont expulsé d’un même Eden pour avoir mangé la pomme de la connaissance. Le paradis perdu de l’innocence. Ce paradis m’était invisible jusqu’à ce que j’entrevoie mes grandes ambitions comme des lubies aussi inutiles que celles qui poussent les hommes à la violence. Sauver le monde, être un peintre célèbre, un auteur admiré, une femme de carrière accomplie…n’est-ce pas, au fond, la même chose qu’être un politicien puissant, un homme d’affaire richissime, un gourou adulé, un scientifique de génie….? Je nageais en pleine contradiction. Divisée par l’ambition de réussir ma vie tout en agissant dans le même sens que la folie du monde. J’ai découvert l’Éden en ayant un amoureux et un jardin dans ma cour. Je l’ai découvert dans la simplicité de mon être profondément en contact avec un homme et avec une toute petite parcelle de nature. Je le redécouvre chaque fois que je reçois des amis à souper, chaque fois que je nage dans un lac, que je flatte mon chat, que j’observe des enfants, que je plante des tomates, que j’écris, que je peint, que je chante, que je fais l’amour… Ce ne sont pas mes actes que je dois changer. C’est ma perspective sur ces actes. Ramener ma conscience au seul plaisir d’être véritablement en contact avec la vie, avec ce paradis que je possède déjà. Continuer de poser les petits gestes qui me semblent justes, continuer de croire en mes idéaux pacifistes et humanistes. Mais cesser à tout prix de vouloir performer, réussir, accomplir, résoudre, sauver. Je ne souhaite plus d’autre ambition que vivre pour vivre, pour goûter, sentir, ressentir, partager, aimer. C’est mon jardin en Amérique. C’est la chance extraordinaire de vivre au paradis et c’est ultimement ce que je souhaiterais à tous…et je ne veux plus me sentir coupable de profiter du bonheur… http://www.annieparadis.com/article-11080123.html La fuite vers l’avant 2007-06-28T05:36:26Z 2007-06-28T05:35:00Z Annie Paradis http://www.over-blog.com/profil/blogueur-85167.html Il y a toujours quelqu’un au-dessus de nous qui nous domine. Père, mère, conjoint, patron, propriétaire, banquier, fisc, police, gouvernement, terroristes… Toujours cet espace de la peur qui nous domine… Quand l’humanité a-t-elle perdu ce pouvoir individuel ? Quand avons-nous cédé notre pouvoir à l’Autre ? N’importe quel autre. Dans les cavernes préhistoriques ? Contre les lions féroces et la Nature impitoyable ? Pourquoi l’Homme doit-il dominer l’Homme ? Par réflexe de combat animal ? Parce que depuis les débuts de l’humanité, il entretient et transpose la peur dans tous les registres imaginables afin de ne pas perdre l’essence de sa nature ? Par soif de pouvoir ? Parce que la meilleure façon de maîtriser la peur est de l’infliger à l’Autre ? Je suis en vacances depuis 3 jours…et les cauchemars se succèdent en enfilades, chaque nuit. La peur. Je croyais, plus jeune, n’avoir peur de rien. Je me rends compte en vieillissant que j’ai peur de tout…peut-être… Et la seule façon que j’ai de dominer cette peur (puisque je refuse de dominer les autres) est de fuir vers l’avant. D’accomplir, si possible, de grandes choses qui me protégeront contre ce sentiment perpétuel d’impuissance. «Après quoi je cours ?» est le titre d’une toile sous le thème d’une exposition collective : «mes démons intérieurs». Après quoi je cours ? après rien. Je fuis la peur, je cherche ma force. Je me sens plus forte quand je crée. Je reprends cette part de contrôle sur ma vie que je n’ai pas le reste du temps. Nous avons souvent parlé de société de loisirs. Il serait bon de rêver le loisir de retrouver le pouvoir sur nos vies et de ne plus avoir peur. Dieux merci, je ne suis pas née en Afghanistan… http://www.annieparadis.com/article-10484079.html Le supplice de la goutte d’eau ou la chasse aux sorcières 2007-08-16T21:54:59Z 2007-05-19T17:11:00Z Annie Paradis http://www.over-blog.com/profil/blogueur-85167.html Pendant que l’on torture, détourne, manigance, tue, explose, révolte, viole , affame, excise…bref…pendant le bulletin de nouvelles, nos vies à nous, choyés que nous sommes, sont régies par un supplice subtil contre lequel nous ne nous battons pas, ou si peu, et qui ne fait pas la manchette… C’est presqu’invisible tellement c’est insidieux, tellement nos vies sont tissées dans cette trame qui nous enveloppe. Prenez deux minutes pour faire la liste des « je devrais » «il faut», «je dois», «c’est interdit», «c’est exigé», «c’est demandé», «c’est bon pour la santé», «c’est mal», «c’est juste», «c’est nécessaire», «c’est incontournable»… Il vous faudra des heures pour dresser cette liste de vos obligations morales, sociales, personnelles… C’est lourd. Chaque jour. De toutes petites gouttes d’eau qui nous semblent inoffensives mais qui nous mènent au burn-out, au cancer, à la dépression, au suicide…Dans le flot incontinent de la performance, sous la langue baveuse de la modernité. Nous l’avons nommé : Le Stress. C’est le supplice de la goutte d’eau… Trivial ? oui, assurément, quand on se compare au bulletin de 18hres. Mais imaginez une journée, une vie, de toutes ces petites obligations, sous-tendues dans votre cerveau à tel point que vous ne les remarquez plus…; l’amour parfait, la maison parfaite, le corps parfait, la culture parfaite… Quand nos ancêtres rêvaient d’un monde meilleur, imaginaient-ils vraiment cela ? À chaque année, nos gouvernements et nos institutions de santé, dévoilent un nouvel agresseur, un nouvel ennemi à abattre : le sida, le tabac, l’alcool, la drogue, l’obésité, la mal-bouffe, le sel, le cholestérol, le manque d’activité physique, la margarine, la saccharose, le cancer…et j’en passe… Afin de rendre nos vies «meilleures», ils s’emploient à nous mettre en garde contre nous-même, à nous culpabiliser dans nos habitudes malsaines et coûteuses pour l’état. Dans leur chasse aux sorcières drapée de noblesse et de paternalisme, ils entretiennent toute une industrie de cures lucratives contre nos pathologies modernes. Je rêve du jour où la manchette aura pour grand titre : Étude scientifique : Le stress tue. Les gouvernements occidentaux en marche vers une redéfinition du contrat social et une remise en question du système capitaliste. Personnellement, je crois fermement que nous pouvons assainir nos vies indéfiniment sans jamais obtenir le résultat escompté. Le mauvais stress est à mes yeux, le mal le plus dommageable qui existe à l’heure actuelle parce qu’il épuise notre corps et plonge notre esprit dans des comportements nuisibles. Il crée un mal de vivre auquel nous n’échappons pas et qu’aucune thérapie ne peut guérir. Je cite ci-dessous, un extrait tiré du site passeportsanté.net ; Le stress empoisonne l'existence, au propre comme au figuré : non seulement rend-il la vie désagréable, il rend malade. Selon le Dr Herbert Benson, du Mind/Body Medical Institute de l'université Harvard, environ 80 % des consultations médicales seraient liées au stress, d'une manière ou d'une autre. De même que 60 % à 80 % des accidents de travail, selon l'American Institute of Stress. C'est beaucoup grâce aux travaux de l'endocrinologue canadien d'origine autrichienne Hans Selye, menés au cours du XXe siècle, que l'on comprend les mécanismes biologiques du stress - ce qu'il a d'abord appelé le « syndrome général d'adaptation ». Il a identifié et défini le célèbre « fight or flight response » : ce qui se passe quand l'organisme monopolise ses ressources pour dominer la situation ou la fuir. C'est aussi à Selye que l'on doit d'avoir choisi le mot stress (en anglais : tension mécanique) et de l'avoir imposé en français. Il appelait le bon stress « eustress » et le mauvais « distress ». Par la suite, le biologiste français Henri Laborit a étudié ce qui se passe quand la personne ne peut ni dominer la situation, ni la fuir : ce qu'il a appelé l'« inhibition de l'action ». Cette « paralysie situationnelle », a-t-il démontré, conduit précisément à des désordres neuro-psycho-immulogiques. Laborit est également célèbre pour avoir fait l'« éloge de la fuite », qui serait un recentrage de nos objectifs afin de sauver notre peau... de l'intérieur. La phase d'épuisement. Les mécanismes de réaction fonctionnent tout le temps « à plein régime », entraînant une déperdition d'éléments biochimiques ainsi que des désordres métaboliques et physiologiques. L'organisme s'épuise, certains organes ou systèmes s'affaiblissent ou se relâchent. À la limite, et dans des situations extrêmes, le stress continu entraîne la mort. Un haut niveau d'hormones de stress dans le sang, même en situation « normale », est un indice de l'état de stress dans lequel se trouve l'organisme. Malheureusement, les victimes de stress chronique ne sont pas toujours conscientes de leur situation, et encore moins du fait qu'elles sont en train de compromettre leur santé. Pour soulager les malaises dus au stress, plusieurs peuvent adopter des comportements de compensation : l'accroissement du tabagisme, l'alcoolisme, la dépendance aux drogues, l'excès de sommeil, l'isolement... Mais le fait de boire plus d'alcool, de manger plus de chocolat ou de regarder plus souvent la télévision fait peut-être oublier temporairement le stress, mais ne le règle pas. Et de nouveaux problèmes apparaissent, rajoutant au poids du stress. Stress chronique et maladies Les mécanismes physiologiques en cause dans le stress chronique sont nombreux et peuvent contribuer à une grande variété de dérèglements, dans tous les systèmes. Voici ceux que l'on cite le plus couramment : Accélération du vieillissement. Le stress augmente le dommage oxydatif, c'est-à-dire le vieillissement et la mort des cellules causés par les radicaux libres. Déficit nutritionnel. Pour produire l'énergie demandée par la situation, le corps métabolise plus rapidement les éléments nutritifs, ce qui peut résulter en un manque d'acides aminés, de potassium, de phosphore, de magnésium, de calcium, d'électrolytes et de vitamines du complexe B, entre autres. Par ailleurs, les nutriments essentiels sont moins bien absorbés en période de stress. Déficit immunitaire. Le cortisol produit en réponse au stress peut causer un affaiblissement du système immunitaire : le corps devient alors plus susceptible aux agents infectieux, bénins ou graves, et aux différents types de cancer. À un niveau très simple, on sait que les personnes stressées souffrent plus fréquemment du rhume.1 Ulcères d'estomac. Même si on sait maintenant que la plupart des ulcères sont causés par la bactérie Helicobacter pylori, le stress est un élément qui peut contribuer à l'apparition des ulcères et à la difficulté à les soigner. Le stress est aussi reconnu pour jouer un rôle dans les brûlures d’estomac. Problèmes gynécologiques. On observe parfois de l'aménorrhée (l'arrêt des menstruations) chez les femmes stressées. Aussi, hommes et femmes stressés sont plus à même de vivre des périodes d'infertilité. Problèmes de santé mentale. On croit que le stress répété peut entraîner des changements de structure dans le cerveau et, progressivement, occasionner des symptômes plus graves : de l'anxiété, des crises de panique, des phobies, de la dépression, des dépendances, des troubles de l’alimentation (anorexie/boulimie).2 Maladies à composante psychosomatique. La cause des maladies suivantes est multifactorielle et le stress peut contribuer à leur exacerbation ou à leur composante de chronicité : l'asthme, le psoriasis, l'arthrite rhumatoïde, le syndrome de fatigue chronique, la maladie de Crohn, la fibromyalgie, la migraine, la colite ulcéreuse, le syndrome prémenstruel, l'obésité, etc.2 Aggravation de maladies. Bien que le stress seul cause rarement une maladie grave, on sait maintenant qu'il peut jouer un rôle dans la susceptibilité à plusieurs de celles-ci (dont l'hypertension, les maladies cardiovasculaires, le diabète de type II et le cancer), et qu'il peut en accélérer l'évolution.3 http://www.annieparadis.com/article-10483465.html La beauté de l’ignorance 2007-05-19T16:22:22Z 2007-05-19T16:21:00Z Annie Paradis http://www.over-blog.com/profil/blogueur-85167.html Autant je lui voue une reconnaissance sans bornes, autant parfois je le maudit. Gutenberg je veux dire. Le jour où il inventa l’imprimerie, les frontières du monde connu se sont inimaginable ment repoussées. Au fond, bien avant lui, d’autres avaient balbutié la communication écrite. Mais lui, l’a fait éclater à l’échelle mondiale, rendant, quelques siècles plus tard, la connaissance accessible à presque tous d’entre nous. Fini les ténèbres de l’ignorance. Finie aussi la grâce du mystère et de l’isolement. Impossible maintenant, avec nos technologies surpuissantes et surchargées de communication, d’échapper à l’horreur du monde. L’enfance humaine est terminée. Nous voici dans l’implacable âge adulte de l’inépuisable conscience collective. Fuir est devenu le luxe des lâches et non plus la béatitude de l’isolé. Plongez quelques siècles avant les lumières…À cette époque, personne n’aurait pu dire clairement ce qui se passait au village voisin de quelques kilomètres…encore moins à l’autre bout de la planète, sur ces continents éloignés qui nous permettaient les rêves les plus exotiques. Dans l’esprit de l’Homme, peut-être y avait-il encore une place pour l’espoir et la foi en l’humanité. Platon, Socrate, Aristote, Goethe, auraient-ils pu supporter le bulletin de nouvelles de 18hres qui nous ramène constamment à l’esprit la violence et la bêtise ? Leurs textes pleins d’espoir d’une nation forte et belle auraient-ils pu prendre naissance et planter racines dans leurs âmes s’ils avaient été confrontés, quotidiennement, à cette histoire de la misère humaine qui se répète sans cesse ? Que l’Homme réinvente avec la plus incroyable bonne foi du monde ? Peut-être que j’exagère. Je trouve la vie belle. Belle en soi. Belle avec les autres. Je me trouve choyée d’être ici, presque sans combats. D’être aimée. De ne pas avoir faim, ni froid. Je me trouve particulièrement choyée d’avoir le loisir de critiquer le monde qui me porte. Ce n’est pas un pessimisme malsain qui pousse ces idées jusqu’à mon clavier. Seulement un raz le bol indéfinissable d’être assaillie de toutes parts par des informations en continu qui me disent nos piétinements perpétuels et notre incohérence brutale. Saturée. Envie de rendre le torchon et de plier bagages vers une prairie verte et coupée du monde pour ne plus entendre le tintamarre de nos blessures auto infligées. Mais il n’y a plus d’endroit où fuir… Y’a pas quelqu’un qui aurait une belle philosophie pour sauver le monde à vendre pas trop cher ? je pense qu’il me reste un peu de place sur ma carte de crédit…. http://www.annieparadis.com/article-5609316.html La part d’ombre 2007-05-07T14:34:41Z 2007-02-11T19:59:04Z Annie Paradis http://www.over-blog.com/profil/blogueur-85167.html Avec la fin du siècle des lumières est apparue la psychanalyse qui a mis au jour toute une part obscure de l’esprit humain. La médecine a également rendus biologiquement explicables nombre de nos travers psychologiques. Nous avons quitté l’enfer de la possession ou de la folie. Enfin, la part d’ombre en nous pouvait se déployer et dévoiler ses mystères. Fini les démons et les sorcières, un nouvel espace rationnel nous ouvrait les portes de l’esprit. C’est une époque merveilleuse. Dorénavant nous pouvons nommer schizophrénie, dépression, angoisse, phobie, épilepsie, hypothyroïdie, cyclothymie, maniaco-dépression, trisomie, spm….des affections qui auparavant nous menaient à l’exclusion, voire au bûcher et à la condamnation divine. Aujourd’hui, il y a des groupes de soutien, des psychologues, des neurologues, des médicaments, des assurances-invalidité…on analyse même les humeurs des joueurs de hockey dans les journaux, Oprah gagne beaucoup d’argent en rendant publiques les douleurs de tout un chacun, MSN publie tous les jours des articles de développement personnel, bref, notre enfer intérieur n’est plus un tabou…. Vraiment ? Il me semble que malgré cette apparente ouverture nous ne savons toujours pas apprivoiser cette fameuse part d’ombre qui est en nous. La part animale, les archétypes profondément ancrés, les instincts de mort, la sexualité, le pouvoir, la possession… Nous avons sûrement tous fait l’expérience de pensées ou de désirs «tordus» contre lesquels nous luttons âprement. Peut-être est-ce un soir de grand alcool où nous avons insulté un ami cher… Peut-être une fois où une belle occasion s’est présentée d’acheter un bien dont on présume l’origine douteuse. Peut-être un service que l’on refuse à quelqu’un dans le besoin pour donner une leçon. Peut-être le désir de se vêtir de cuir et dominer sexuellement quelqu’un. Peut-être le plaisir inavoué d’être vu pendant des ébats amoureux. Peut-être certaines drogues que l’on prendra à l’excès et même la voiture que l’on conduira ensuite. Peut-être la lâcheté de ne pas avouer une faute grave. Peut-être le fantasme de battre à mort ou de torturer quelqu’un qui nous a fait du mal… Bref, nous avons tous quelques squelettes réels ou imaginaires qui viennent ternir l’image que nous nous faisons de nous-même. Cet espace en nous existe mais dans le merveilleux monde du rationnel, nous le nommons névrose et déviance…et nous tentons de le chasser, de le guérir. Quand un sein «outrageusement»dévoilé de mme Jackson vire le monde à l’envers, il y a lieu de se questionner sur ce que nous considérons réellement comme de la déviance. Malgré toute nos avancées dans l’esprit humain, il m’apparaît que nous luttons encore contre le bien et le mal en plaçant le mal comme l’ennemi à vaincre. Ce faisant, nous revalorisons des systèmes moraux rigides qui nous empêchent d’être totalement en accord avec nous-même. Je ne prône pas l’anarchie et la libre expression des pulsions sans contraintes. Au contraire. La vie en société exige de chacun un certain sacrifice de l’individualité au profit du bien-être de l’ensemble. C’est clair. Mais ce qui me semble également clair c’est que nous allons trop loin dans l’autre sens. Nous devons à tout prix être propres, équilibrés, productifs : un esprit sain dans un corps sain. Nous n’acceptons pas la part d’ombre comme une partie «saine» de notre personnalité. Comme le jour appelle la nuit, comme le positif et le négatif créent une tension motrice. Certaines pubs à la télé me choquent particulièrement. Celles des médicaments contre le rhume et la grippe. «Si vous pensez qu’une grippe va m’empêcher de fonctionner !» On se bourre de médicaments pour continuer à être productifs. Je trouve que cela synthétise très bien l’état d’esprit dans lequel nous évoluons. Nous prenons des anti-dépresseurs parce qu’il est nécessaire de continuer à travailler. Nous allons chez le psy pour être plus efficaces dans nos relations de couples ou dans notre emploi. Nous sommes à l’ère de la négation. Puisqu’il existe un remède ou une explication rationnelle pour tout, nous n’avons plus d’excuse pour être faillibles. Rien, non rien, ne peut ni ne doit freiner nos performances. Ainsi, nous avons fait de la part d’ombre en nous, une maladie qui se soigne. Et nous nions que le bien et le mal soient la trame d’une même étoffe, celle qui nous rends férocement laids parfois, mais aussi extraordinairement créatifs. Nous transformons de merveilleux outils de connaissance de soi en méthodologie de performance. Pendant un certain temps, je me suis adonnée à la méditation bouddhiste. Le principe pour atteindre un certain calme intérieur est simple. Il ne s’agit pas de se forcer à ne «plus penser». Tout est dans l’art de laisser couler les pensées et de prendre une certaine distance par rapport à elles. L’exercice consistant alors à se dire «ceci est une pensée» et tenter de ne pas entrer en elle, de ne pas s’y perdre. Juste l’observer. Je crois qu’il y a en cela une grande sagesse. Il n’est peut-être pas nécessaire d’éradiquer la part d’ombre en nous. Mais peut-être seulement d’arriver à l’identifier pour ne plus y être aveuglément soumis. À force de vouloir être sains, je pense que nous nous dénaturons et que cela fait bien l’affaire des vendeurs de miracles qui misent avec confiance sur notre culpabilité à être imparfaits.