MON UNIVERS

Bienvenue dans mon univers

Créer parce que c'est essentiel...nous avons tous notre espace de création...le miens est en image et en mots d'aussi loin que je me souvienne...
Créer parce que c'est un plaisir, un grand bonheur...
Créer pour se brancher sur le souffle de Gaia...
Créer pour communiquer, pour tisser des liens, au-delà des espaces convenus, dans l'intimité de l'imaginaire de l'autre...
Faites comme chez vous...soyez les bienvenus...enlevez vos chaussures, callez-vous confortablement...

Annie

Me voici

annieparadis

Mercredi 28 juin 2006 3 28 /06 /2006 16:10
Ce blog est tout neuf... Je vous invite à visiter mon travail...à passer vos commentaires...à m'écrire.... Je reviendrai, l'étoffer, le nourrir....
Par Annie Paradis - Publié dans : annieparadis
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Samedi 30 septembre 2006 6 30 /09 /2006 16:25
Une amie, récemment, a dit à propos de moi : «mais qui n’aime pas Annie ?» Et ce jugement, si positif et flatteur qu’il soit, m’a laissée perplexe. Qu’est-ce qui fait que «tout le monde m’aime» (à quelques exceptions près évidemment) ? Et j’ai pensé spontanément «c’est parce que j’aime les gens». En y réfléchissant plus avant, il me reste cette thématique qui m’est chère, l’empathie. Nous développons peut-être de la sympathie, de l’amour, pour les gens qui ont de l’empathie envers nous. Quand je cherche des solutions rationnelles pour ramener la paix dans le monde (je fais encore partie de ces êtres choyés par la vie qui peuvent se permettre d’être idéalistes) je crois fermement qu’il y a une piste importante du côté de l’empathie. Depuis quelques mois, j’ai recommencé à prendre le métro. Si empathique que je puisse être, il m’arrive régulièrement de ressentir une envie de bousculer verbalement ou physiquement, les êtres inconscients que je côtoie. Il y a des petits actes simples qui m’amènent à réfléchir. Par exemple. Les poteaux. Avez-vous remarqué ces gens qui monopolisent les poteaux dans les trains du métro ? Entassés comme des poules à l’abattoir, on s’agrippe tant bien que mal à un poteau central afin de garder l’équilibre. Mais il y a toujours un clown pour venir s’appuyer le dos, les bras, de manière à occuper tout le bout de métal et à empêcher les gens autour de se tenir convenablement. Ce n’est rien. C’est futile. Mais ça provoque une petite colère parce que l’autre semble indifférent et insensible à ses semblables, vivant seul dans sa petite bulle égocentrique. C’est une forme de petite violence qui attise en moi la réciproque. Et les exemples comme ceux-là sont légions, en voiture, au travail, dans le commerce, dans nos familles… Et, oui, ça me donne envie de frapper. Je pourrais parler, expliquer, sensibiliser l’autre. Mais… Et je pense, entre autre, à la Palestine et l’Israël. D’un côté ou de l’autre de la guerre, il y a des gestes sans empathie qui sont posés et qui alimentent le besoin de violence. Quand l’un n’est qu’une technicalité embarrassante sur un territoire, quand l’autre n’est qu’une machine oppressante. Où est l’humain dans tout ça ? Et si l’un et l’autre développaient de l’empathie ? Les combats seraient-ils encore possibles ? Mais l’empathie est un jeu rationnel qui se joue à deux. C’est une volonté. Il faut que les deux parties abaissent les armes simultanément. Je pense depuis longtemps, que l’Homme n’est ni bon ni mauvais, mais que la non-violence et le respect de la vie ne sont pas naturels. Cela s’apprend. La bonté, à l’extérieur de la sympathie incontournable pour le sous-groupe qui assure notre survie, est un acte rationnel et volontaire. Et je ne vois pas d’autre moyen que l’Éducation avec un grand E pour développer de génération en génération, suffisamment d’empathie pour stopper la violence. Cela serait-il suffisant ? Il y a tant d’autres aspects de la nature humaine qui sont en cause… Le besoin de pouvoir qui supplante aisément l’empathie…mais ça c’est un autre sujet…. Je termine ce petit bout de réflexion avec un extrait d’article qui explique bien, je trouve, le principe de l’empathie. «C’est parce que nous en sommes capables que nous pouvons vivre en société et que nous ressentons de la solidarité avec le genre humain. C’est parce que nous en manquons que nous pouvons être cruel, indifférent aux autres ou autiste. (…) C’est ce qui nous permet d’être ému au théâtre ou au cinéma, de conseiller nos amis (…) ou encore de communiquer sans parole dans l’intimité. L’empathie (…) inscrite dans nos systèmes neurologiques, est cette aptitude du cerveau humain à adopter le point de vue d’autrui tout en restant nous-même. L’empathie n’est donc pas la sympathie, identification ou fusion des émotions et des sentiments, une relation affective à autrui , fondée sur la contagion des émotions (…) l’empathie nous permet de reconnaître les émotions d’autrui, non pour chercher à les éprouver, mais pour décider d’un comportement (…) deux composants fondamentaux interagissent pour créer l’empathie : un composant de résonance motrice dont le déclenchement est le plus souvent automatique et non intentionnel ; et la prise de perspective subjective de l’autre qui est plus contrôlée et intentionnelle. La résonance motrice et le mimétisme émotionnel sont des propriétés physiologiques du système nerveux (…) Quand je perçois une expression émotionnelle chez autrui, cela déclenche en moi les représentations motrices à la base de cette émotion. Mais chez les humains, cette simulation est le plus souvent intentionnelle, associée donc à la conscience de soi et de l’autre (…) L’empathie ne serait-elle donc qu’une simulation mentale consciente de la subjectivité d’autrui ? Ce regard partagé dans l’empathie crée un monde unique d’intersubjectivité ; de cette rencontre du «je» et du «tu», voire du «il», advient un «entre-nous» qui échappe à ce qu’on pourrait proprement nommer la «pensée unique». Des incivilités de toutes sortes et de la confusion des personnes réelles et des avatars virtuels à l’embrigadement sectaire et aux gestes de pensées fanatiques, c’est l’incapacité à changer de point de vue (et donc à accepter la différence) qui se déploie. » Science & vie, hors série no 232. L’empire caché de nos émotions.
Par Annie Paradis - Publié dans : annieparadis
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Dimanche 22 octobre 2006 7 22 /10 /2006 20:37
Cet été, je suis déménagée. Un nouvel appart., génial, avec mon amoureux, génial. Mon ami déménageur, qui a eu l’honneur de transporter l’ensemble précieux de nos avoirs était halluciné par la quantité de choses que nous possédons. Et tout ça rentre dans un 6 et demie… On a tout ce qu’il faut comme électros, meubles, livres, bibelots, cossins pour être heureux…et malgré tout, je pense tout de même à m’acheter un congélateur…

Moi, qui suis contre la surconsommation, qui suis sensible au recyclage et à l’écologie, force m’est tout de même d’admettre que nous vivons à un rythme fou et que tous ces «outils» nous deviennent indispensables. Je me vois mal, avec un boulot à temps plein, une carrière naissante de peintre en parallèle, une vie sociale minimalement décente ; me mettre à laver mon linge à la main, à faire mon propre pain ou me passer de mon cellulaire, mon répondeur, mon ordinateur…

Bref, je suis loin du rêve de jeunesse où tout mon avoir tenait dans un sac à dos. Ne posséder rien et que presque rien ne me possède…mais voilà, le principe minimaliste de la tortue, je ne suis pas capable de l’appliquer. Pour performer dans mon travail et me garantir un toit et de la nourriture, il me faut un bon lit, des vêtements présentables…

Récemment, comme je côtoie tous les jours les vitrines alléchantes des magasins, je me suis trouvée prise d’un vertige étrange. Ah tiens…c’est joli ce tapis…cette lampe…ce porte-serviettes…ce moulin à poivre…me disais-je…
Et puis j’ai pensé à ma mort…ben oui. Où est-ce que tout ça va se retrouver quand je serai retournée à la poussière ? Je n’ai pas d’enfants, peu de nièces et de neveux…et de toute façons, voudraient-ils de mes vieilleries ? mmm…pas sûre…

Toutes les photos que j’accumule dans des boîtes et que je ne regarderai probablement plus jamais…ma jolie collection de tasses anciennes…toutes les bébelles que l’on garde au cas où un jour on s’en servirait…

Vraiment ça m’a troublée. Jusqu’où tout cela a-t-il un sens ? À quoi ça sert ? Je n’apporterai rien de tout cela dans ma tombe. Je laisserai derrière moi, un amas incroyable d’objets qui surchargeront encore les sites d’enfouissements, les bazars, les garde-robe de mes proches…

Et je sens un grand besoin de simplifier ma vie à l’extrême. De prendre le temps de réellement choisir en fonction d’une utilisation durable et rentable. De ne conserver que les outils indispensables, les objets inutiles qui me procurent un réel plaisir et de cesser d’accroître ou de renouveler le stock inépuisable de mes besoins artificiels…
Peut-être qu’en donnant du leste sur l’espace matériel qui me définit, je finirai par dénicher, en dessous de toutes choses, un sens plus simple à ma courte vie ?
Par Annie Paradis - Publié dans : annieparadis
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Mardi 26 décembre 2006 2 26 /12 /2006 21:59

Je ne suis pas croyante. Je l’ai été, ardemment, dans ma jeunesse. J’admets cependant, le passage d’un homme nommé Jésus, en des temps où les civilisations de l’Homme se développaient avec une complexité toujours plus déroutante. Et dans ces structures sociales entrelacées d’iniquités de plus en plus frappantes, de spécialisation du travail, dans la démesure des cités et des empires…je conçois facilement le désarroi de l’âme humaine.
Et j’imagine un homme, passionné par les choses de l’esprit, scrutant à la loupe les sens possibles de nos vies éphémères, tentant de se créer une pensée en propre, distincte des modes, des dictats de toutes sortes et surtout indépendante du pouvoir politique.
Je l’imagine donc, incapable d’accomplir docilement les tâches de la survie, se creusant la cervelle pour trouver sa voie, choisissant une bohème qui le mènera d’un lieu vers un autre ; partageant ses idées enflammées, sa recherche avec qui voulait bien l’entendre.
Ne sommes-nous pas tous les enfants de dieux ? Les fils et les filles de Gaïa ? Ne sommes-nous pas tous poussière retournant vers la poussière ? Aucun scientifique aujourd’hui ne pourrait réfuter cette appartenance génétique à un Tout.
Je l’imagine en 2006. Se promenant de bar en bar, discutant passionnément, au-dessus d’une bonne broue bien froide. Et Paul, et Pierre et Luc, qui se font vraiment chier dans leur boulot sous-payé, dont les relations amoureuses sont de perpétuels échecs, l’écoutent attentivement à travers les brumes de l’alcool. Ses mots, ce système qu’il s’est élaboré leur apparaîssent peu à peu comme une révélation. Et le mot se passe. Les soirs où Jésus sort prendre une brosse, des attroupements de plus en plus nombreux se forment.
Impossible de sortir maintenant sans que s’agglutinent autour de lui les curieux et les croyants, les fidèles et les désespérés. Et d’abord c’est grisant. Plus  besoin de se payer à boire, l’eau se transforme en bière, les tournées sont offertes jusqu’à plus soif…Mais surtout, par-dessus tout, Jésus sent enfin qu’il appartient. Il EST cette communauté d’hommes et de femmes qui ne peuvent plus se passer de lui et dont il ne saurait plus se passer. Il «symbiose» intensément. La solitude est un souvenir fade qui ne l’atteint plus. Il a trouvé sa voie. Il a trouvé sa participation à l’édifice social.
Ainsi passe le temps, mais un beau jour arrive où il entre dans un bar et les gens l’attendent. Les gens ne sont plus au travail. Leur nouveau boulot c’est LUI. Lui qui est envoyé pour les sauver, les guérir de cette perpétuelle misère qui les accable. Et le fardeau de la connaissance commence à peser sur les épaules du Christ. Cette journée-là, il avait grandement souffert. Une blessure d’amour béante le torturait. Marie-Madelaine ne serait jamais sienne. Et son cœur fendu s’était précipité vers une bière froide et l’espérance d’une épaule amie sur laquelle s’épancher. Mais il n’a trouvé que des mains tendues, des regards suppliants, des paroles infinies qui engloutissaient jusqu’à ses pensées les plus intimes. Alors. Alors. Il s’est senti profondément seul.
Il est parti. Il est monté tout en haut du Mont-Royal et il s’est demandé pourquoi ? Pourquoi la vie le plaçait-elle au centre du sens des autres ? Comment en était-il arrivé-là ? Il aurait voulu s’enfuir. Vendre son âme au diable pour retrouver une seconde son identité, son individualité, sa solitude. Assis sur un talus, il observait toutes ses maisons à perte de vue. Toutes ses vies humaines dénuées de sens. Il avait trouvé un sens. Un sens pour lui seul. SA vision du monde, son explication, sa bouée. Et naïvement, il l’avait offerte en partage, n’imaginant pas qu’il s’offrait en pâture. Inconsciemment, peut-être, avait-il souhaité soulever un grand mouvement de consciences s’embrasant et libérant les Hommes de leurs esclavage. Il n’aurait pu imaginer créer un troupeau de disciples buvant ses paroles passivement. Il n’y avait pas de multiplication des idées et des libertés. Il y avait le troc, l’échange d’un aveuglement pour un autre. Jamais, jamais n’avait-il pensé détenir LA vérité. Et voilà qu’il était le Messie.
Une immense tristesse l’accabla alors et le plongea dans une dépression profonde. Cette désillusion était insupportable. Chacun doit trouver dieu en lui, pensa-t-il. La vérité réside dans le désir irrépressible de comprendre, de découvrir, de raisonner. Mais les hommes et les femmes qu’il voyait ne souhaitaient pas comprendre, paresseusement, ils souhaitaient croire. Et tous, avaient remis sur ses frèles épaules le fardeau de leur conscience humaine. Aucun homme à lui seul ne pouvait porter ce fardeau. À moins d’être un dictateur inconscient et cruel.
Il pleura longuement et puis baissa les bras. Il abandonna. La vie n’avait plus de sens. Il était traqué, coincé, prisonnier.

Deux-mille six ans plus tôt, Jésus choisi la mort. Il se livra aux autorités. Il choisi le repos.
Par Annie Paradis - Publié dans : annieparadis
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Dimanche 4 février 2007 7 04 /02 /2007 23:10
Un après-midi ensoleillé, je flânais à ma terrasse préférée sur le plateau Mont-Royal. J’écrivais, je lisais ou j’appréciais seulement l’effervescence de l’avenue, je ne me souviens plus. Mais je me souviens clairement du bonheur d’observer déambuler les gens, de la lumière si particulière qui peignait les édifices, de l’animation des commerces, de la douceur d’un moment hors du temps, de la chaleur… Ma mémoire est encore imprégnée de la beauté des passants. Sur le Plateau, tout le monde est beau, dans une variété de styles et d’attitudes. Du «450» en visite, en passant par les étudiants babacools, les bcbg’s qui magasinent, les habitants du quartier qui semblent si bien agencés au décor, jusqu’aux itinérants dont l’individualité colore la rue. Puis passe une personne, une seule, remarquable entre toutes. Clairement, cet homme ne faisait pas partie du paysage urbain qui nous entourait. Un étranger. Un étrange. Assurément, quelqu’un de l’est de la ville. Hochelaga peut-être ? Le contraste pourtant subtil m’a frappée. D’abord les vêtements. On reconnaît une veste qui semble sortie des années 90, un peu passée s’appuyant sur un jean ajusté mais qui paraît tout de même un peu trop grand, probablement des souliers de course blancs, comme ceux que l’on achetait à bas prix chez Pitt il y a 15 ou 20 ans. Personnellement, une bonne partie de ma garde-robe est issue des friperies…une forme dérivée de simplicité involontaire… Mais Kevin, appelons-le ainsi, revêtait clairement l’indigence et ses vêtements ne disaient rien de ses goûts, de ses rêves et encore moins de l’image qu’il souhaitait projeter dans nos regards critiques. Non, il n’y avait que la nécessité qui transparaissait et ce «manque de goût» propre à ceux qui ne peuvent se permettre le luxe de l’influence culturelle. Voilà me disais-je (honteuse d’avoir cru que mes origines modestes me plaçaient en infériorité contre une classe plus bourgeoise de notre société) que pendant quelques secondes, la vraie misère avait marché devant moi. La misère invisible de l’occident. L’arrogante cruauté du rêve américain. Le mensonge du self made man accessible au plus petit d’entre nous. Parce qu’il y a les stigmates. Il y a ceux que la grâce du «génie» capitaliste ne sortira jamais du brouillard. Tout le corps de Kevin criait son «statut social». L’expression de son visage. On pouvait y lire la crainte d’être jugé, l’inconfort de ne pas appartenir, l’inquiétude de ne pas connaître les règles, les usages, les rites…et sa peau avait cette couleur de hangar, cette texture de la malboufffe, ces marques de la fatigue… Sa démarche. Tendu, légèrement penché vers l’avant comme pressé de ne plus exister, traduisant un inconfort qui prend racines jusque dans ses expériences les plus anciennes. Notre corps parle, nous le savons tous, notre univers hyper médiatisé nous le martèle sans arrêt. Et nous nous empressons de créer une image de nous-même qui soit convenable, qui corresponde minimalement aux exigences de la perfection. C’est ce qui nous garantit un emploi, un amour, une vie sociale, c’est ce qui nous permet de croire que nous pouvons «changer de caste» et accéder à une vie meilleure. Avec un minimum d’éducation, de confort matériel, un environnement aimant, il y a des chances réelles d’atteindre certains rêves ou à tout le moins de se créer un quotidien confortable. Mais pour Kevin, la partie est perdue d’avance. Il est stigmatisé. Il portera jusqu’à sa mort les marques de la pauvreté. Dans notre quête démesurée de l’Eldorado, nous perpétuons l’éternel écart entre les classes. Dans notre volonté de croire que chacun a sa chance et la fait, nous fermons les yeux volontairement sur notre responsabilité dans cette aberration. Parce que nous voulons tellement croire qu’un jour la gloire et la réussite pourraient être nôtre, que la perfection est atteignable…que de notre vivant, nous pouvons être dieu…nous ne voulons pas trouver la faille qui brimerait nos rêves… Et ainsi, de Kevin à Céline Dion, nous vivons dans le désir de n’être pas nous-même, de transcender notre vulgaire condition humaine, et nous souffrons perpétuellement à petites et à grandes échelles. Et nous stigmatisons les plus démunis.
Par Annie Paradis - Publié dans : annieparadis
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Dimanche 11 février 2007 7 11 /02 /2007 19:59
Avec la fin du siècle des lumières est apparue la psychanalyse qui a mis au jour toute une part obscure de l’esprit humain. La médecine a également rendus biologiquement explicables nombre de nos travers psychologiques. Nous avons quitté l’enfer de la possession ou de la folie. Enfin, la part d’ombre en nous pouvait se déployer et dévoiler ses mystères. Fini les démons et les sorcières, un nouvel espace rationnel nous ouvrait les portes de l’esprit. C’est une époque merveilleuse. Dorénavant nous pouvons nommer schizophrénie, dépression, angoisse, phobie, épilepsie, hypothyroïdie, cyclothymie, maniaco-dépression, trisomie, spm….des affections qui auparavant nous menaient à l’exclusion, voire au bûcher et à la condamnation divine. Aujourd’hui, il y a des groupes de soutien, des psychologues, des neurologues, des médicaments, des assurances-invalidité…on analyse même les humeurs des joueurs de hockey dans les journaux, Oprah gagne beaucoup d’argent en rendant publiques les douleurs de tout un chacun, MSN publie tous les jours des articles de développement personnel, bref, notre enfer intérieur n’est plus un tabou…. Vraiment ? Il me semble que malgré cette apparente ouverture nous ne savons toujours pas apprivoiser cette fameuse part d’ombre qui est en nous. La part animale, les archétypes profondément ancrés, les instincts de mort, la sexualité, le pouvoir, la possession… Nous avons sûrement tous fait l’expérience de pensées ou de désirs «tordus» contre lesquels nous luttons âprement. Peut-être est-ce un soir de grand alcool où nous avons insulté un ami cher… Peut-être une fois où une belle occasion s’est présentée d’acheter un bien dont on présume l’origine douteuse. Peut-être un service que l’on refuse à quelqu’un dans le besoin pour donner une leçon. Peut-être le désir de se vêtir de cuir et dominer sexuellement quelqu’un. Peut-être le plaisir inavoué d’être vu pendant des ébats amoureux. Peut-être certaines drogues que l’on prendra à l’excès et même la voiture que l’on conduira ensuite. Peut-être la lâcheté de ne pas avouer une faute grave. Peut-être le fantasme de battre à mort ou de torturer quelqu’un qui nous a fait du mal… Bref, nous avons tous quelques squelettes réels ou imaginaires qui viennent ternir l’image que nous nous faisons de nous-même. Cet espace en nous existe mais dans le merveilleux monde du rationnel, nous le nommons névrose et déviance…et nous tentons de le chasser, de le guérir. Quand un sein «outrageusement»dévoilé de mme Jackson vire le monde à l’envers, il y a lieu de se questionner sur ce que nous considérons réellement comme de la déviance. Malgré toute nos avancées dans l’esprit humain, il m’apparaît que nous luttons encore contre le bien et le mal en plaçant le mal comme l’ennemi à vaincre. Ce faisant, nous revalorisons des systèmes moraux rigides qui nous empêchent d’être totalement en accord avec nous-même. Je ne prône pas l’anarchie et la libre expression des pulsions sans contraintes. Au contraire. La vie en société exige de chacun un certain sacrifice de l’individualité au profit du bien-être de l’ensemble. C’est clair. Mais ce qui me semble également clair c’est que nous allons trop loin dans l’autre sens. Nous devons à tout prix être propres, équilibrés, productifs : un esprit sain dans un corps sain. Nous n’acceptons pas la part d’ombre comme une partie «saine» de notre personnalité. Comme le jour appelle la nuit, comme le positif et le négatif créent une tension motrice. Certaines pubs à la télé me choquent particulièrement. Celles des médicaments contre le rhume et la grippe. «Si vous pensez qu’une grippe va m’empêcher de fonctionner !» On se bourre de médicaments pour continuer à être productifs. Je trouve que cela synthétise très bien l’état d’esprit dans lequel nous évoluons. Nous prenons des anti-dépresseurs parce qu’il est nécessaire de continuer à travailler. Nous allons chez le psy pour être plus efficaces dans nos relations de couples ou dans notre emploi. Nous sommes à l’ère de la négation. Puisqu’il existe un remède ou une explication rationnelle pour tout, nous n’avons plus d’excuse pour être faillibles. Rien, non rien, ne peut ni ne doit freiner nos performances. Ainsi, nous avons fait de la part d’ombre en nous, une maladie qui se soigne. Et nous nions que le bien et le mal soient la trame d’une même étoffe, celle qui nous rends férocement laids parfois, mais aussi extraordinairement créatifs. Nous transformons de merveilleux outils de connaissance de soi en méthodologie de performance. Pendant un certain temps, je me suis adonnée à la méditation bouddhiste. Le principe pour atteindre un certain calme intérieur est simple. Il ne s’agit pas de se forcer à ne «plus penser». Tout est dans l’art de laisser couler les pensées et de prendre une certaine distance par rapport à elles. L’exercice consistant alors à se dire «ceci est une pensée» et tenter de ne pas entrer en elle, de ne pas s’y perdre. Juste l’observer. Je crois qu’il y a en cela une grande sagesse. Il n’est peut-être pas nécessaire d’éradiquer la part d’ombre en nous. Mais peut-être seulement d’arriver à l’identifier pour ne plus y être aveuglément soumis. À force de vouloir être sains, je pense que nous nous dénaturons et que cela fait bien l’affaire des vendeurs de miracles qui misent avec confiance sur notre culpabilité à être imparfaits.
Par Annie Paradis - Publié dans : annieparadis
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